vendredi 1 janvier 2010

Bonne année aux hommes de tous les temps

Nous sommes en 2010 et Icare continue de vouloir voler vers le soleil avec des ailes artificielles avec pour résultat une catastrophe certaine.

Télédiffusion massive d'images, vocable en tant qu'image verbale, à la manière des primitifs nous ne faisons pas la distinction entre nos images et la réalité et trop nombreux sont ceux qui parlent de Dieu comme s'ils en avaient le pouvoir. Nicolas de Cues lui-même souhaitait exprimer Dieu uniquement sur le mode de sa manifestation ; il se rendait compte que l'esprit humain est inconscient de sa limitation.

De « l'abîme de la déité » au concept de Dieu comme « néant suressentiel » nous oublions tout au profit d'un « Dieu révélé » qui en se révélant cache néanmoins sa nature par ce seul dévoilement : son invisibilité.

La science quant à elle nous apprend que notre cerveau fonctionne sur des bases chimiques autant dire que Dieu mais aussi les mythes et symboles, forces qui avant le 19ème siècle et l'apparition de l'industrie étaient « en dehors de nous » et dominantes se sont à présent "déplacées en nous".

Où est le drame ? Avant elles étaient à l'extérieur donc « gérables » … elles sont en nous à présent et nous les avons oubliées. L'industrie - qui est quelque chose de nouveau pour l'homme - a refoulé la nature en arrière plan.

La nature, notre nature invisible, est obligée de se taire ainsi l'humanité souffre et porte l'ignorance d'un vide qui ne se remplit pas par l'immensité de biens matériels censés en s'additionnant combler tout vide.

Pourtant profondément la nature est aux commandes … nous ne voyons dans les images actuelles que la vengeance de la nature contre l'homme. L'homme représente un danger pour la nature ? les composants chimiques de notre cerveau - qui sont la nature - dont nous ne savons rien travaillent à notre élimination : du nazisme au choc des civilisations devons-nous lister tous les actes où l'homme est la marionnette du diable ?

Ainsi que vous le voyez malgré elle la science matérialiste mène à la métaphysique.

En résumé faites un pas en arrière devant les moyens, termes d'esprit, véritables jetons intellectuels dont on vous remplit les poches et l'âme et sont à glisser dans l'Enorme machine à produire des âneries : notre temps.



Soyez de tous les temps peut-être ainsi passerez-vous une BONNE ANNEE.



vendredi 16 octobre 2009

Le Théâtre « Rosa Parks » de Dieudonné – redécouverte du théâtre premier, hymne à l’espèce


Le Théâtre « Rosa Parks » de Dieudonné est né dans un conflit intense.

« Rosa Parks » c'est le nom de cette jeune femme noire qui refusa de céder sa place à un passager blanc dans un bus.

« Dieudonné » c'est le nom d'un Maître Bouffon francophone qui exprime les conflits de son époque à travers des personnages : il lui est vivement recommandé de bouffonner au-dessous de son époque... par des personnages bien réels !

Le Maître Bouffon ne tremble pas, il n'a pas à tomber au-dessous de lui-même.

Traditionnellement ils sont toujours nombreux ceux qui ne tremblent pas et refusent de tomber au-dessous d'eux-mêmes quand le problème de la liberté est une fois de plus à l'ordre du jour.

Nul ne peut se dérober à cette réalité typiquement humaine de l'âme : la liberté pratique n'y est pas cette liberté dont le sens appartient en soi au domaine de la transcendance ; c'est l'unique valeur qu'aucune puissance au monde ne saurait dérober à nos tréfonds.

Ceux qui se condamnent eux-mêmes en s'acharnant sur Dieudonné se condamnent aussi à une continuité traditionnelle de la culture, la condamnant à devenir habitude, paresse, la condamnant à devenir commode et sans pensées pour

- un arrêt donc un recul de la culture,
- pour une infantilisation de la société donc sans action sur la vie,
- donc pour un recul de la vie.

Ceux qui injectent la vie ne sont pas {les illusionnistes offrant les illusions} d'ismes ou d'Etats, ce sont les Rosa Parks et les bouffons ... tels qu'ils existent depuis le début.

Le Théâtre « Rosa Parks » de Dieudonné

La nuit tombe sur la gare qui s'illumine, le car bien garé en plein centre ville s'ouvre à son public.

Douze rangées de cinq : soixante personnes sont confortablement installées dans de larges fauteuils de car de transport, soixante personnes entourées d'une lourde feutrine noire, regardant un rideau rouge orné de deux marguerites, musique « easy listening », soixante personnes sont coupées du monde... au coin d'un feu.

La représentation est annoncée, la lumière baisse progressivement, apparait l'artiste.

L'automatiquement nazi Mbala Mbala explique pourquoi cet autocar, explique pourquoi il n'y aura pas de jeu de jambes : on ne voit en effet l'artiste qu'en buste, un buste devant lequel sera allumé un feu pour voir son visage s'entretenir avec vous, la nuit.

Voir les mots accompagnés des gestes correspondants : c'est la redécouverte totale du théâtre premier, celui autour du feu de la tribu première.

Outre que ce que j'ai vu ce soir là en tant que réalisation artistique n'est vraisemblablement pas possible pour n'importe quel artiste c'est une réalisation qui ouvre une porte sur un extrêmement précieux : annulation de l'espace, annulation du temps, plus qu'un spectacle, c'est une expérience pour le spectateur.

Pendant une heure chacun vit dans l'intimité de son psychisme l'expérience de notre espèce : le théâtre tel qu'il exista depuis le début.


C'est le théâtre de notre espèce, dont chaque individu est membre, théâtre dans lequel les imbéciles ne comprennent pas ce qui les compose eux-mêmes et font depuis toujours « l'opinion publique » avec leurs désirs payés par nous en catastrophes calamiteuses, alors que - je suis désolé - mais notre espèce est faite pour l'amour, pas pour les imbéciles.

Depuis le début... cela se voit très bien dans l'absolu unité autour du feu.

Le Théâtre « Rosa Parks » de Dieudonné ?

Une redécouverte du théâtre premier, un hymne à l'espèce, une expérience... qui, pour tous, ne peut se vivre qu'individuellement et c'est d'ailleurs bien ainsi qu'il faut traiter chaque individu : comme tel.



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dimanche 27 septembre 2009

Dieudonné contre les barbares dans SANDRINE


Il est incroyable que dans un monde si riche en Dieux et en racines la femme soit encore bien souvent aujourd'hui « une ombre en dessous de l'homme », obligée par lui à vivre dans un semi-enfer de sottises et de méchancetés, de misères et de violences qui parfois deviennent crimes.

Lorsque j'ai appris que le thème de Sandrine, dernier spectacle de Dieudonné, était les violences conjugales quelque chose en moi s'est inquiété : la condition homme femme - bien plus que tout autre sujet - peut provoquer d'irréparables scissions…

Sandrine c'est le grand retour du couple du divorce de Patrick, dont l'histoire si bien commencé - avec son cortège de projections victorieuses et de joies sensuelles partagées - s'était terminé par la mort du bonheur des sentiments devenus astreintes et contraintes insupportables.

Après la séparation Patrick Boulard passe en jugement pour violences envers Sandrine Boulard.

Nous voici dans un tribunal où les dialogues entre les personnages se déroulent dans un champ de force obscure, un tribunal où les personnages évoquent (le plus souvent en inconscients !) toutes sortes d'impasses rencontrées, un tribunal où les personnages sont autant d'expressions de puissances supérieures avec lesquelles il faut s'expliquer.

Mais le théâtre, c'est le théâtre, Dieudonné fait éprouver au prévenu Patrick Boulard le devoir sacré de se libérer lui-même, de préserver ses droits à son individualité … et ne nous laisse que l'envie de le voir enfermé !

L'introduction à Sandrine sur fond de « toute la pluie tombe sur moi » avec un Dieudonné plaidant qu'il est à la recherche d'un emploi puisqu'il n'a plus de points sur son permis de faire rire, était déjà - puisque Dieudonné parle de son métier - l'introduction à une psychologie des comportements et à ces « drames » que vivent les tricheurs…

Le tribunal avec sa galerie de magistrats angoissants, les membres non moins angoissants du Mouvement contre l'Impérialisme Féminin, le vécu de Patrick et Sandrine autant d'éléments dont l'artiste se sert pour nous rappeler que « ce n'est pas l'homme qui va au théâtre, c'est l'homme qui est le théâtre des choses. »…

Pour finir Patrick pousse la chansonnette du fond de sa prison laissant place à un Dieudonné sur scène : la scène, cet espace infini, son espace de liberté, liberté dont nous ne devons pas oublier qu'elle est aussi notre possibilité.

Avec la voix de Med Hondo, l'unique doubleur noir en langue française de toute une génération, Dieudonné se lance dans l'éducation de son gamin de 15 ans sur le sujet des relations entre deux êtres, sans cachotteries mais sans priver quiconque du bénéfice de la pudeur.

Dieudonné prend l'accent toulousain, vous connaissez la suite, vous ne l'entendrez pas chez Drucker.

Rien à voir avec l'humour pesé des amuseurs autorisés, aux rites primitifs, qui participent à l'écartement entre progrès technique et progrès psychologiques et moraux : Dieudonné a sa vie propre … et ne nous laisse que l'envie de le voir libéré !